April 16, 2026
Energy

Le ministre du Commerce extérieur vient rencontrer les patrons charentais lundi : « Osez l’export »


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« La diversification à l’export est une manière de ne pas se retrouver en permanence dépendant des deux grands marchés américains et chinois. »

Vous rendez visite au monde du cognac, un secteur qui est très inquiet. Que lui apportez-vous ?

Laurent Saint-Martin. D’abord le dialogue avec la filière. On est dans un travail conjoint permanent pour trouver une solution à la difficulté liée à l’augmentation des droits de douane chinois consécutifs à l’enquête anti-dumping. J’attendais que nous ayons des engagements clairs et une porte de sortie suffisamment concrète pour pouvoir venir échanger sur le terrain. C’est aujourd’hui le cas, je pense que nous avons un accord qui est en passe d’être trouvé entre la filière et les autorités chinoises sur ce qui s’appelle des engagements de prix minimum.

Cela se traduirait comment ?

Contre un engagement de prix minimum (de vente en Chine pour ces alcools, qui réduirait leur compétitivité mais serait quand même inférieur aux droits de douane envisagés par Pékin, Ndlr), ce serait la fin de cette enquête, sans rendre donc les droits définitifs. C’est ça la concrétisation, mais ça n’existe que si d’ici au 5 juillet, on s’assure bien du libre accès aux zones duty free chinoises pour nos producteurs de Cognac. Il y a aussi la question du remboursement des cautions qui ont été versées. Je pense pouvoir dire que c’est une sortie positive pour l’ensemble des acteurs.

Vous allez chez Arts Énergy, aussi en concurrence directe et frontale avec les Chinois notamment sur le marché automobile. Qu’avez-vous à leur dire ?

On va évidemment parler de leur activité, mais on va faire le point sur tous les enjeux internationaux qui existent concernant les menaces ou les opportunités. La bonne question sera de savoir comment est-ce que l’Europe sait se défendre ? Donc on va parler de la manière dont l’Europe protège ses filières telles que celle de Arts Energy notamment sur le sujet des surcapacités chinoises. On va aussi parler des droits de douane américains qui ne sont toujours pas réglés. Les assises de la politique commerciale, c’est aussi l’opportunité d’expliquer aux chefs d’entreprise comment la diversification à l’export est une manière de diversifier son risque et de ne pas se retrouver en permanence dépendant des deux grands marchés américains et chinois, qui se mettent à menacer nos exportations ou nos industries nationales.

La Charente exporte principalement vers les États-Unis et la Chine. Est-ce un signe de fragilité ?

C’est un signe de dépendance à l’export dont il faut petit à petit effectivement savoir se défaire par la diversification. Il ne faut pas se leurrer, on ne va pas remplacer les marchés américains et chinois. On en a besoin, ce sont des volumes qui sont extrêmement importants pour nos exportateurs. La question est de diversifier pour rendre le niveau de dépendance à l’export moins important. Et ça, ça passe par le marché d’abord européen, il ne faut pas oublier que l’export entre marchés européens, ça compte. Et puis aussi tous les autres pays du monde, je pense à l’Asie du Sud-Est, je pense aux pays du Golfe, à l’Amérique latine, qui sont des destinations où la qualité des produits français est reconnue.

Qu’est-ce que vous pouvez apporter aux entreprises dans ce domaine ?

Il y a la Team France Export, c’est-à-dire l’ensemble des acteurs territorialisés au service de nos entreprises et notamment de nos plus petites. Le message que je passe aux patrons de PME de la région, c’est allez voir votre Team France Export de proximité, et faites-vous conseiller sur les bonnes opportunités pour vendre à l’export. Et puis il faut aussi innover en ayant des programmes d’accélération et de diversification, c’est ce que je proposerai lundi à la filière Cognac. Pour qu’elle puisse avoir des accompagnements et accélérer la diversification de marché tiers.

Qui en particulier ?

Des pays comme le Nigeria par exemple peuvent être des formidables destinations. Vous avez des pays d’Amérique latine et des pays d’Asie où on a besoin de continuer à importer des produits d’Europe, de France avec un savoir-faire exceptionnel tel que le cognac. Et il faut aussi savoir conquérir le marché intérieur.

La situation internationale est plus que tendue. Comment évaluez vous le risque pour les échanges ?

Le risque dans les périodes que nous vivons aujourd’hui de situation géopolitique extrêmement troublée, c’est de lever le stylo et d’attendre que ça passe. Ça a pour effet la récession, le manque d’investissement et le ralentissement économique et social. Je sais que ce n’est pas quelque chose d’évident pour les chefs d’entreprise, mais les périodes de turbulence sont aussi des périodes d’opportunités. Il faut justement plus que jamais se faire accompagner. Mon propos, c’est n’attendez pas toujours la stabilité à l’international pour pouvoir exporter. Il faut plutôt accélérer et aller chercher les opportunités qui s’ouvrent dans un monde qui se fragmente.

Les chefs d’entreprise demandent une simplification.

Oui, la simplification pour l’accès à l’export, c’est une nécessité. Ça fait partie des propositions que j’ai faites au président de la République dans le cadre de la préparation d’un conseil présidentiel pour le commerce extérieur qui pourrait avoir lieu après l’été.

Nous avons besoin de cette simplification, de clarification des opportunités à l’export, des priorités que nous devons mettre en place. Je comprends très bien le patron de PME quand il me dit que l’export n’est pas toujours sa priorité. Mais c’est souvent ce qui va lui permettre de diversifier son chiffre d’affaires, mais aussi ses marges et sa rentabilité parce qu’il peut trouver des débouchés plus intéressants sur les marchés étrangers que dans notre propre pays.

Tout le monde peut exporter ?

La majorité des produits et des services ont une place à l’export. Le slogan que j’utilise souvent, c’est oser l’export. On ne peut pas connaître l’appétence pour son produit ou son service si on ne le teste pas sur les marchés étrangers. Et ne pas le faire, c’est toujours prendre le risque de passer à côté de son relais de croissance probablement le plus intéressant.

Quand vous ouvrez à l’international, vous ouvrez aussi davantage culturellement votre produit, les modes de consommation, les modes de distribution qui vous font repenser vos propres habitudes nationales. Vous gagnez sur beaucoup de tableaux en même temps.

Son programme
en Charente

Laurent Saint-Martin commencera sa journée par un échange, au BNIC, avec les représentants de la filière cognac sur les derniers avancements des échanges avec les autorités chinoises. Puis il se rendra sur une exploitation viticole à Boutiers-Saint-Trojan. Le ministre se rendra ensuite à Nersac chez Arts Energy pour une visite de l’entreprise de production de batteries pour l’automobile puis une session des assises de la politique commerciale. La sixième étape de sa tournée des régions.

« N’attendez pas toujours la stabilité à l’international pour pouvoir exporter. »



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