Taxer les grandes fortunes. L’idée fait son cheminun peu partout sur la planète. Mais elle n’avance pas à la même vitesse partout. En France, les sénateurs ont rejeté le 12 juin la taxe Zucman, cet impôt plancher sur le patrimoine des ultra-riches introduit par la gauche et soutenu par plusieurs économistes de renom. Selon l’économiste Gabriel Zucman, cette taxe de 2 % sur la fortune aurait concerné 1 800 foyers dont le patrimoine est supérieur à 100 millions d’euros et permis de rapporter environ 20 milliards par an.
Mais le Sénat, en majorité à droite, a rejeté le texte à 188 voix contre 129 voix pour. Un résultat prévisible, considérant l’accord entre le centre et les Républicains sur la question. « Le seul risque de cet impôt, c’est qu’au fond, personne ne le paye », parce qu’il entraînera « des expatriations certaines pour un rendement incertain », a lancé devant les sénateurs la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, se faisant l’écho de la position de l’alliance gouvernementale. En creux se dessine la peur de faire fuir hors du territoire les millionnaires et milliardaires concernés. « Dans une économie ouverte, il nous faut rester attractifs pour les capitaux », a justifié, à son tour, le président Emmanuel Macron.
La France fait aujourd’hui figure d’exception dans un contexte européen de plus en plus favorable à l’imposition du patrimoine des plus fortunés. Outre-Manche, depuis début avril, le statut de « non-domiciled » (« non dom », non domicilié en français) est officiellement aboli. Celui-ci permettait aux grandes fortunes vivant au Royaume-Uni de ne pas payer d’impôts sur leurs avoirs étrangers. Avec des effets encore incertains, mais potentiellement non négligeables : selon une étude du cabinet d’avocats Henley & Partners, en 2024, 10 800 millionnaires ont quitté le pays en prévision, soit une hausse de 157 % par rapport à l’année précédente. Le Portugal a emprunté une voie similaire, en […]
